Chapitre 5 : Le droit au bonheur
Ai-je le droit d’aller bien, et même d’être heureux ?
Dans une société de liberté, je vais dire et tout le monde va dire : oui, bien sûr.
Mais du point de vue de l’inconscient, des archétypes que notre expérience nous a fait faire nôtre, ce n’est pas du tout si simple.
Nous pouvons en prendre conscience avec ces différents exemples :
Si j’ai été élevé dans une atmosphère triste, ou malheureuse, j’aurai tendance à croire inconsciemment qu’il faut que je reproduise cette atmosphère au long de ma vie.
Par fidélité à ma famille, par fidélité à l’image que j’ai construit de moi étant enfant.
Au niveau des études ou au niveau professionnel on voit souvent des personnes mettant en œuvre des stratégies d’échec pour ne pas dépasser le niveau social de leurs parents.
Au niveau de la santé, certains déclenchent des maladies aux mêmes âges que leurs parents.
Il est prouvé aussi que d’autres ne s’autorisent pas à vivre plus âgés que l’un ou l’autre de leurs parents, arrivés à cet âge, une maladie, un accident provoque leur décès.
Tout ceci, la psychologie actuelle le démontre clairement, est entraîné par l’inconscient.
A cela s’ajoute le poids de l’éducation en général - je ne parle pas ici des intentions de l’éducation, mais de la façon dont inconsciemment nous les traduisons souvent dans notre vie – l’éducation donc qui nous amène à considérer le bonheur comme incongru :
L’éducation à l’effort : « Il faut faire plus d’efforts, encore !», « Quand on a mal il faut prendre sur soi ! » Tu peux faire mieux ! ». Dans certaines circonstances ces phrases peuvent s’appliquer mais dans l’éducation elles ont tendance à être tellement présentes qu’on peut aller jusqu’à chercher à avoir mal, à faire des efforts, non pas parce que cela se justifie mais parce qu’on veut tellement être conforme à la définition qu’on nous donne de quelqu’un de bien !
Nous voulons être une belle et bonne personne, telle que la définit notre éducation. Est-ce cela le bonheur ? Et si dans mes désirs profonds de vie, ce que je souhaite va à l’encontre de cette définition d’une bonne personne ? Que se passe-t-il pour moi ?
Dans ce cadre là : que veut dire aller bien ou être heureux ?
L’éducation sociale exprime aussi cette idée : « Tout le monde souhaite le bonheur mais personne n’est heureux, pourquoi pourrais-je l’être moi ? Pour qui est-ce que je me prends ? »
L’éducation morale nous culpabilise :
« Comment s’autoriser à aller bien quand il y a tant de personnes malheureuses ? »
Mais cela n’a pas de sens réel, car que se passe-t-il si nous allons réellement bien ?
Rien de mal, au contraire, plus nous allons bien, plus nous sommes capables d’aider les autres.
Et si je suis heureux, vais-je priver quelqu’un de bonheur ?
Evidemment non : le bonheur n’est pas une chose finie qui ferait que si je suis heureux je priverais quelqu’un de bonheur.
Si, le bonheur était comme un gâteau : alors dans ce cas si je prenais une grande part il risquerait de ne plus y en avoir pour les autres.
Cette comparaison n’est pas correcte mais nous avons trop souvent tendance à bâtir nos raisonnements en partant de l’exemple des parts de gâteau.
Heureusement tout ne fonctionne pas comme cela : si je dors je ne prive pas quelqu’un de sommeil, si je vis je ne prive pas quelqu’un de vie.
Si je suis heureux, si j’aime, si je fais ce que j’aime, est-ce que je prive quelqu’un d’amour ?
Le bonheur, l’amour ou la plénitude n’ont pas de limites. Au contraire cela se communique, si je suis heureux les personnes autour de moi, par exemple mes enfants, le ressentent et alors ils se sentent mieux, tout le monde en profite.
Pour prendre une comparaison anodine : voyez le phénomène qui entoure le fait de bailler : si je baille les autres se mettent à bailler.
Et bien pour le bonheur, l’amour, la plénitude, comme à l’opposé, pour la tristesse ou le malheur, la réaction autour de nous est du même ordre : je communique sans rien faire ces sentiments autour de moi.
Pour les autres, comme pour moi, il est donc grandement préférable que je sois heureux.
Cette question du droit au bonheur est importante, car à tout moment, même après certaines avancées, l’interdiction d’être heureux, que nous sentirons en nous, risque de nous donner la tentation de revenir en arrière.
Mais ne luttons pas contre ce sentiment d’interdiction, (ne luttons jamais contre
quoi que ce soit en nous), ayons en conscience, simplement, et un jour nous constaterons qu’il sera dépassé.
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