Après avoir marché dans le Val sans Retour, je
m'étais assis pour contempler le petit lac qu'on appelle du nom
merveilleux de Miroir aux Fées.
Perdu dans mes rêveries, je ne me suis pas aperçu
qu'un homme approchait. Je n'ai pris conscience de sa présence que
lorsqu'il s'est assis à coté de moi, plus précisément, à ma droite.
Il est resté silencieux un long moment, semblant,
lui-même, faire partie de la nature dans laquelle nous étions
plongés.
D'âge moyen, il était vêtu de façon moderne.
Cependant, le fait qu'il soit habillé de blanc aurait du me mettre
la puce à l'oreille.
Une grande impression de simplicité et de naturel se
dégageait de lui.
Son regard était à la fois attentif, chaleureux et
aussi un peu malicieux, mais d'une malice gentille, amicale, une
malice qui semble vous dire : "Ne commettons pas l'erreur de nous
prendre pour des gens importants".
Après un long moment, il commença à parler d'une voix
qui était à la fois douce et pénétrante.
- Je suis barde, je m'appelle Brékilien.
Je te sens prêt à m'entendre, alors, écoute les
contes initiatiques de la forêt de Brocéliande. La Forêt qui connaît
les secrets les plus anciens, ceux des hommes des pierres dressées
et des dolmens, ceux des druides, ceux de Merlin l'enchanteur, du
roi Arthur, d'Yvain et de Lancelot du Lac, de la fée Morgane, de la
fée Viviane et de tant d'autres.
Mais tu ne vas pas les écouter en simple spectateur,
tu vas les vivre...
Reste assis, ou allonge-toi confortablement sur ce
tapis de mousse, comme tu préfères, mais surtout, ferme les yeux car
maintenant tu vas vraiment rencontrer la forêt.
Je l'ai écouté et j'ai fermé les yeux.
Alors, quand comme moi, et comme toi maintenant, par
la pensée, on est dans Le Val sans Retour, devant le Miroir aux Fées
et qu'on écoute les conseils de Brékilien, il se passe quelque chose
d'extraordinaire.
C'est comme si la forêt venait à soi. Ou, non,
beaucoup mieux : c'est comme si, d'un coup de baguette magique la
forêt et tous les êtres qui la composent étaient en soi. Alors la
forêt et ses habitants nous parlent.
Et c'est maintenant leurs discours que tu vas
entendre.